MYRIAMBORNAND

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Art contemporain






Ekphrasis Exposition collective plasticiens et écrivains 2012

Peindre l'écriture ou écrire la peinture ? 
Les écrivains, poètes, épistoliers qui ont écrit sur la peinture sont légion : Diderot, Stendhal, Baudelaire, Verlaine, Zola, Fromentin, Malraux, Viton, Giraudon ... pour ne citer que quelques auteurs français des classiques aux contemporains. 
Ici, nous ne nous sommes pas intéressés aux écrits théoriques ni aux textes sur l’art, mais à une forme de rhétorique qu’ils ont utilisée : l’ekphrasis, d’où partir pour réaliser un cycle d’expositions thématiques. 
Cette forme d’écriture est caractérisée par la description minutieuse d’un objet artistique visuel, soit existant soit imaginaire. Le verbe ekphrazein en effet signifie "exposer en détail". 
Or, l'ekphrasis vient à désigner toute description d'une œuvre d'art dans un texte, la définition exhaustive donnée passant à la notion d'hypotypose (image, tableau), une figure qui regroupe l'ensemble des procédés permettant d'animer une description au point que le lecteur, par suggestion "voit" un objet d’art visuel se dessiner dans sa 
pensée.

Le texte sur lequel j'ai du travailler pour ce projet est un texte de Jean Pierre Ostende intitulé:

CAUCHEMAR DE PARENTS SUPPOSANT LA PRÉSENCE DE PÉDOPHILES DANS LE PARC.

Au premier plan à droite Crucifixion (bois peint, clous, couronne d'épines).

Au premier plan à gauche et face à la crucifixion une forme cauchemardesque, style image de David Lynch.

Au fond un village de montagne (roche, bois, terre, verre, plastique, végétaux) dont l'originalité n'est pas la première qualité.

Éventuellement présenté avec un dispositif sonore – le groupe Delirium tremens fillette reprenant :

1) Et voraces ils couraient dans la nuit[1].

2) Une citation de la pièce de DJ Bruegel numéro 1 : L'homme est une saucisse qui rêve.

3) Un mix de Tu t'es vu quand tu n'as pas bu et Le cœur d'une mère est l'asile le plus sûr.

Une mention spéciale pour la performance qui n'a lieu que certains soirs et réunit des non-belles de petite taille de pôle handicap emploi, intitulée Toute personne qui passe l'aspirateur aspire à autre chose et qui nous a tous plongés dans une profonde non-joie.


[1]
Note de l'éditeur. Et voraces ils couraient dans la nuit, Gallimard, 2011.


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Sous le titre angoissant de Jean Pierre Ostende se cache un univers paradoxal, mélange d’images tragiques et loufoques, banales et insolites.

Un univers à la fois insensé et dans le même temps, porteur du sens de l’œuvre que précisément ainsi, l’auteur décrit.

Synchronicité ? Cet univers se trouve particulièrement en résonance avec mon travail dont les thèmes de prédilection sont, le sacré et la dérision, le sens de l’absurde.

A la lecture du texte les images me sont apparues immédiatement, le texte descriptif remplissant ainsi sa fonction essentielle.

Plusieurs saynètes - scénettes ont pris formes, séparées ou rassemblées dans une sorte de fresque kitsch prenant possession d’un mur.

Je choisis de les présenter séparées dans trois carrés et deux installations.

Les trois carrés évoquant  un agrandissement d’image pixellisée. comme une façon de zoomer sur des éléments constitutifs du texte qui me semblaient essentiels : : la Montagne et la Crucifixion, le troisième carré  renvoyant à l’humour baroque et foisonnant de l’écriture de  Jean Pierre Ostende et particulièrement à l’Homme -Saucisse.

Jusqu’à une semaine avant l’exposition, nous ne savions rien du lieu que nous allions investir et par conséquent de l’espace dont chacun des dix artistes participants disposerait.

En ont découlé les modes opératoires suivants :

Une installation composée de trois carrés, et d’un double dispositif  sur étagères présentant : un 33 tours vinyle sur tourne disque avec son titre-phrase et un crâne sur socle.

J’utilise très souvent les mots comme des représentations, j’ai  répondu aux mots de Jean Pierre Ostende par d’autres mots, mis en scène, en images, associés à des figurations plus formelles.

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1/

Pour le banal paysage de montagne décrit dans le texte j’ai fait une composition-montage avec les lettres qui composent le mot MONTAGNES en les plaçant à des points du carré qui forment, si on les relie les uns aux autres par un trait imaginaire, le tracé de montagnes et j’ai mis le N entre parenthèses.

J’ai fait ainsi un ensemble de Montagnes avec un ensemble de Montages.

 

 2 /
Pour la scène de crucifixion c’est la phrase: Ecce Homo, attribuée à Ponce Pilate lors de la Passion du Christ, qui m’est instantanément venue à l’esprit.

On retrouve fréquemment cette inscription sur les crucifiX.

Il me semblait important de symboliser par une représentation non abstraite (petit renvoi ici à la terminologie privative employée par Jean Pierre Ostende) ce moment crucial (si je puis dire) de l’histoire et de celle du christianisme. en particulier

Les mains et les pieds me semblaient des points essentiels de cette iconographie.

Je me suis souvenue d’avoir vu un jour, je ne sais plus où, une sculpture représentant une main-pied du Christ qui en y repensant, m’apparut être une métaphore efficace pour une représentation christique.

J’ai alors décidé de faire de mémoire un pastel la représentant car, ne connaissant pas le nom de son auteur, j’avais peu de chance de la retrouver.

C’est alors que l’anecdote rencontre une dimension mystique :

Tout en réfléchissant sur mon idée d’Ecce Homo je recherchais des images de crucifix portant cette mention.

Un premier hasard m’a amené à retrouver la sculpture à laquelle je pensais.

Un deuxième hasard m’apprit que son titre était….Ecce Homo.

Un troisième hasard : elle était signée du nom de Bogdan qui signifie Dieu en slave.

Cette  représentation du Christ s’imposait comme une évidence pour ce travail.

Sur la partie droite du carré j’ai écris deux fois en latin le mot croix crusis, je l’ai intercalé entre deux mots en français : fils et fiction ce qui phonétiquement donne crucifix et crucifixion.

Le geste de bénédiction de la main (mudra en sanskrit) est appelé Pantokrator en Grec et renvoie au titre grec de l’exposition : Ekphrasis .

Dans le chemin de croix décrivant la Passion du Christ on trouve quatorze stations.

La station XI est celle de la mise en croiX.

J’ai inventé pour servir cette nouvelle représentation symbolique de la crucifixion, une station fictive en plaçant un autre X devant le X représentant le chiffre romain diX.

Ce signe est non seulement la dernière lettre de ce mot-chiffre mais aussi celle du mot croiX, la lettre X est elle même une croix.

Cette station-fiction est ainsi devenue la vingt et unième, XXI par la multiplication des croiX, petit renvoi à la multiplication des pains biblique.

Ce moment dramatique provoque un profond sentiment d’(af)f(l)ic ion le T est transformé aussi en une croix, les trois croix du texte représentent la croix du Christ et celles des deux larrons sur le Golgotha.
C’est également une métaphore de la Sainte Trinité.

Les lettres sont coupées dans leur verticalité par une barre horizontale invisible comme la partie horizontale qui divise la croix.

La main tient entre le pouce et l’index une grande croix à la manière du geste mêlant sacré et superstition, destiné à conjurer le sort.

 

 3/
Dans le troisième carré, reprenant la phrase: L’Homme est une saucisse qui rêve, attribuée à DJ Bruegel, j'ai composé des jeux de mots avec le mot saucisse écrit  en anglais et en français .

Je les ai placés sur six boîtes de conserve (de saucisses) de façon répétitive en clin d'œil à l'esthétique du Pop Art Américain, incontournable référence et particulièrement à Andy Warhol.

L'homme et  ses congénères se retrouvent à l’état  de produit de consommation courante.

Saucisses  par la volonté magique du poète et "en conserve" par mon propre choix, ils n'ont par pour autant perdus leur capacité de rêver.

Dans la situation présente leur rêve est précisément de s'échapper de cet enfermement imposé par le bon plaisir de l'artiste....

Leur SOS final est un clin d'œil à nos propres délires - délirium. ou à ceux des autres.

Les boites portent toutes quatre inscriptions :

SOS SAGE/ SOS SIX/ SOS et Dreaming man.

J’ai mis dans six boites des Hommes - Saucisses rêvant de fuir au plus vite de cette condition arbitraire...

 

4/
Pour la forme cauchemardesque rappelant une image de l’univers de David Lynch,

J’ai présenté une tête de mort que j’ai recouverte de papiers sur lesquels j’ai peint des tranches de jambon cru

Des yeux en pate à modeler rouge et noire sortent de ses orbites.

 

5/
Un dispositif, à première vue, sonore, vient terminer cette sorte de jeu de pistes.

Sur une étagère j’ai placé un vieux tourne disque des  années cinquante portant un 33 tours.

Sur l’étiquette usée on retrouve les trois titres du supposé groupe : Delirium tremens fillette. proposés par Jean Pierre Ostende.

La prise électrique de l’appareil n’est pas branchée.

Une phrase est posée devant l’ensemble potentiellement sonore :

Free son égal Nec plus ultra son.

C’est à ce moment du jeu que l’on découvre que le dispositif sonore sollicite notre organe auditif à un autre niveau.

A l’instar du texte de Jean Pierre Ostende qui peut être appréhendé comme autant de Koans à décrypter…ou pas.
 

En tout cas, autrement

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Texte pour le catalogue Ekphrasis copie non conforme.

El Silencio

L’œil en éventail,

Focale.

 

En amont : Left side.

Mots en carrés, Rébus ?

Mots, Clés ?

Lecture,

Horizontale

Et, verticale.

D’où ? Ouest

A où ? Est.

Rêves d’hommes,

Variété particulière :

« Hommes Saucisses » 

Conservés,

En boites, privées d’images,

Contraignant l’œil à se perdre dans les mots.

A en répéter l’écho.

Bouteilles à la mer, post modern way,

Pour aspirer à,

Maybe, une visibilité ?

Illusion mais …

Le cri est écrit.

 

Milieu.

Là, un massif, central.

Des lettres ponctuent les sommets.

Enlever la parenthèse

Et,

Tout est dit.

 

A main droite

Qui se prend pour un pied ?

Rouge.

Unifiés

Etonnant miracle,

Chimère,

Mirage ?

L’Image se projette,

Impose l’étrangeté,

Insuffle le mystère.

Et tout à coté :

Des croix croissent,

Se croisent.

Portées par des mots,

Traversées,

Transpercées,

A l’horizontale.

D’un trait, vide.

Croisées, encore.


En aval, droit 
:

Un crâne

Au jambon

Cru,

Fixe l’invisible.


Niveau inférieur au centre:

A vintage vinyle

Silencieux,

Au titre de syndrome,

Porte d’étranges phrases,

Propose un son, rare.

Sans son,

Des mots tus, lus,

Rarement,

Entendus.